Un colloque ” La Clinique du sens » a été organisé par la Société Française de
Psychologie Analytique à Paris le 15/11/25. Voici le récit de Violaine Berder une de nos adhérentes qui a assisté à l’évènement.
Thérapeutique de la Kabbale
Suite à un post de l’association qui signalait l’évènement à Paris sur notre groupe WhatApp, je me suis inscrite au colloque de la SFPA en présentiel.
Nous étions environ 200 personnes dans cet amphithéâtre dont certaines de notre association. A l’entrée il y avait des stands de vente de livres et un petit café où les gens pouvaient venir prendre
une boisson et converser.
L’accueil nous a donné des documents concernant le déroulement de la journée et les activités des associations annexes ainsi que des feuilles pour des prises de notes éventuelles. En bon élève j’avais de mon côté pris mon cahier et un stylo bic 4 couleurs. La prise de note me permet de bien ancrer le contenu des conférences.
J’ai été étonnée du niveau de qualité de l’organisation de cet évènement.
Introduction du colloque
Il y a eu une introduction à la conférence avec une explication sur le pourquoi du thème.
Dans une société hyperconnectée les médias bombardent la sphère publique de nouvelles
catastrophiques, guerres, génocides, famines, maladies, crises économiques, et autres…
D’un autre côté les structures sociales et familiales sont mises à mal, et cela s’est encore accentué
depuis la crise du covid. La société et les familles se fracturent et les valeurs traditionnelles morales
s’écroulent sous le poids des nouveaux modèles conformistes consuméristes proposés par les
agences de publicité, les influenceurs des réseaux sociaux, les politiques, le monde du spectacle, les
élites… D’où la question : comment trouver un sens à sa vie ?
Les psychanalystes jungiens sont en première ligne pour évaluer les impacts douloureux engendrés
par ces bouleversements structurels. Les professionnels partagent ici des pistes pour que chacun
puissent trouver un sens à son existence au moyen de l’analyse.
Première conférence
La première conférencière Sophie Braun, donnait toute sa signification à l’intitulé du colloque « La
clinique du sens ».
Le thème de sa conférence était « L’émergence du sens, une co-création toujours en devenir »
Elle s’est appuyée sur deux auteurs « Etty Hillesum » et « Christine Singer ».
Pour Etty Hillesum, le sens de la vie réside dans la capacité à vivre chaque instant avec pleine
conscience et amour, même dans les circonstances les plus tragiques. Elle affirme que la vie est
“belle et pleine de sens” à chaque instant, même les pires, et que ce sens s’exprime par l’amour, qui
est le fondement de toute existence authentique.
Concernant Christine Singer, l’une de ses pensées les plus célèbres affirme que « la vie n’a pas de
sens, ni sens interdit, ni sens obligatoire. Et si elle n’a pas de sens, c’est qu’elle va dans tous les sens
et déborde de sens, inonde tout. Elle fait mal aussi longtemps qu’on veut lui imposer un sens, la
tordre dans une direction ou dans une autre. Si elle n’a pas de sens, c’est qu’elle est le sens ». Cette
idée récurrente insiste sur l’importance de ne pas imposer un sens préétabli à l’existence, mais de
laisser la vie s’exprimer pleinement dans sa diversité et sa richesse.
Sophie Braun a affirmé que la clinique du sens jungien vise au développement de l’élan vital en
mettant la confiance,la fonction transcendante, au centre du processus de guérison à l’œuvre.
Pour y parvenir, le sujet apprend à différencier les angoisses du Moi, ce qui permet à celui-ci de
lâcher ses positions de défense. Le Moi peut alors devenir le gardien des valeurs pour le sujet.
Celui-ci peut alors faire les choix difficiles de la vie et distinguer ce qui est sacré pour lui-même.
Dans un second temps, il sera possible pour le sujet d’intégrer le personnel à l’impersonnel sans s’y
fondre, cela pourrait induire un processus d’évolution du collectif.
Le développement de l’individuation permet de résister à la barbarie d’un inconscient collectif en
pleine décomposition.
Seconde conférence
Le second intervenant était Olivier Cametz; sa conférence avait pour thème « Réflexion sur le sens
des ruptures du développement à l’adolescence »
Olivier Cametz nous décrit ses expériences lors de l’analyse des adolescents qui lui sont confiés,
dans le cadre de l’Aide Sociale à l’Enfance. Les cas évoqués étaient issus de familles sans père,
sans structure, déscolarisés et placés en institutions. Un rappel a été fait parlant de la thèse de Jung
portant sur sujet SW, sa jeune cousine de 15 ans qui était médium « à incorporations » et sur la
transmission héréditaire de ces capacités.
Les cas étudiés par Olivier Cametz étaient proches de la psychose.
La difficulté du thérapeute avec ces jeunes est de risquer de tomber dans l’archétype du Senex (le
vieux sage) et de laisser le jeune analysé dans l’archétype du Puer (éternel enfant).
Les rêves ont été parfois l’une des voies possibles pour donner du sens à ces parcours chaotiques.
Troisième conférence
La troisième intervenante était Eve Pilyser son thème était « L’archétype de l’enfant questionné à
travers la clinique de l’anorexie mentale. »
La conférencière nous a fait part de ses recherches concernant l’archétype de l’enfant confronté à
des pulsions contre-œdipiennes (jalousie, désir, agressivité…) de la part de ses parents, dans le cas
spécifique de l’anorexie mentale.
A la pause, dans la salle avec mon voisinage, nous avons parlé des gros problèmes que connaissent
les enfants en France. Certains parlaient de scandales d’État. Même le Sénat a fait des enquêtes sur
le sujet car les statistiques de santé mentale sont alarmantes chez les jeunes.
Quatrième conférence
Le quatrième intervenant était Marc Winborn, le titre de sa conférence était : « Le sens émerge : le
rôle de l’expérience dans la création du sens »
La conférence était en anglais et on a distribué des casques pour la traduction. Je ne cache pas que
cela a un peu perturbé ma concentration. La conférence était pourtant d’après les autres éditeurs
très intéressante. Aussi pour expliquer le travail de Marc Winborn , je donne le résumé de la
brochure de la SFPA : « La formation et la pratique de la psychologie analytique ont longtemps été
organisées autour de l’image, du rêve, des complexes et des modèles archétypaux. Comme l’indique
Jung dans ses lettres, « En psychologie, on ne comprend que ce que l’on a vécu » (Vol. II, 1953,
p.130). Dans cette présentation, je propose que le centre d’intérêt fondamental de l’analyse soit
l’expérience qu’a le patient de lui-même, des autres et du monde dans lequel il est immergé, ainsi
que l’expérience qui émerge entre l’analyste et l’analysant en séance. Une telle focalisation sur
l’expérience devrait également s’étendre à notre pratique de l’analyse – comment nous écoutons,
comment nous parlons, comment nous interprétons, comment nous sommes présents. En fin de
compte, je soutiens que le sens n’est pas « découvert », mais plutôt un phénomène émergeant
résultant d’un engagement intime avec l’expérience ».
Cinquième conférence
La cinquième intervenante était Marie-Laure Colonna et le thème de sa conférence était « L’art
alchimique de vieillir, vers le mystère de la fleur d’or ».
Marie-Laure Colonna nous présente les expériences de Saint Thomas d’Aquin et de Jung qui, à la
fin de leur vie, ont vécu des sortes d’expériences de mort imminente (EMI). Ces expériences ont
déclenché chez eux un retour à l’unité totale, l’œuvre au rouge des alchimistes.
A mesure que l’égo fond, une présence aimante se découvre. Le moi sujet qui ne s’efface pas
devient plus perméable au Soi. L’être s’unifie, il unifie ses parts et s’unifie au monde.
Les différentes étapes alchimiques ont été décrites :
L’œuvre au noir, la plus longue : l’œuvre au noir correspond à la rencontre avec l’ombre
personnelle, une phase de lente déconstruction où l’individu doit accepter de se laisser pénétrer par
les contenus inconscients.
L’œuvre au blanc : elle correspond à une purification subtile, souvent décrite comme le temps des
sublimations, où l’individu se libère des projections et des attachements matériels, permettant un
accroissement du discernement et une prise de conscience accrue. Pauvreté et ascèse caractérise
cette étape.
L’œuvre au jaune, elle est interprétée comme une phase critique de la transformation intérieure, où
l’individu doit dépasser la conscience individuelle acquise durant l’œuvre au blanc. Elle correspond
à un dernier effort de dépouillement et de lâcher-prise, préparant l’âme à l’illumination finale. C’est
la fin des utopies et des idéaux, en psychanalyse, fin des transferts et contre transferts.
L’œuvre au rouge est donc le rassemblement dans l’incandescence de tous les fragments de l’être,
aboutissant à la complétude et à la conscience élargie. Ce processus est vu comme une
transformation intérieure profonde, où chaque élément négatif se métamorphose en lumière sacrée,
permettant l’émergence d’une version renouvelée de soi-même.
Des questions dans la salle ont beaucoup porté sur le devenir de la société.
L’œuvre au blanc a été l’époque des idéaux et des utopies. Notre époque serait marquée par la fin
des idéaux et nous serions rentrés dans une sorte de désillusion, ce qui porte la conférencière à
penser que nous sommes dans le jaunissement de l’œuvre au blanc.
Conclusion du colloque
Puis s’en sont venus les questions du public et les discours de conclusion.
L’ensemble des conférenciers s’accorde à dire que nous sommes actuellement à l’œuvre au jaune du
point de vue social, confirmant ce que Marie-Laure Colonna venait de nous dire. Cependant Eve
Pilyser considère que dans certains domaines, notamment celui de l’enfance, l’œuvre au noir est
toujours d’actualité. Elle étaye son argumentaire en parlant des suicides ou tentatives de suicides
d’enfants, d’adolescents, et la pléthore de troubles psychologiques qui accablent la jeunesse.
Les psychologues organisateurs et ceux dans la salle ont procédé à de vives critiques de la société
actuelle. L’équipe organisatrice a affirmé que l’époque moderne est une conspiration contre le
monde intérieur. L’individu fait face à une sur-sollicitation mentale et sociale : jeux vidéo, réseaux
sociaux…
Quelques phrases marquantes ont suivi :
« C’est très inquiétant de se sentir vivant, plus libre, dans une société aliénée… »
« Aujourd’hui on réprime la vie au profit de quelques uns… »
La conclusion optimiste est que nous serions à l’œuvre au jaune mais cette phase est critique. Elle
consiste en une décomposition sociale. De cette décomposition émerge l’individualisme et un repli
sur soi. Cependant l’œuvre au jaune précède l’œuvre au rouge, alors faisons confiance au Soi pour
conduire la société vers quelque chose de meilleur.
J’ai quitté le colloque parmi les dernières personnes, étant un peu longue à tout ranger à cause du
manque de place dans mon sac. En effet j’ai acheté deux livres :
« La tentation du repli » de Sophie Braun aux éditions du Mauconduit.
« Âme et Archétypes » de Marie-Louise von Franz aux éditions La Fontaine de Pierre.
Dans le métro, j’ai été heureuse de retrouver une collègue de notre association avec qui j’ai pu
continuer les discussions jungiennes pendant une partie du trajet…
