A propos d’une recherche menée en communauté de janvier 2024 à octobre 2025 « Les animaux dans les Rêves » …
Vivre la puissance agissante du SOI, témoignage. Mon premier souhait est de remercier pour l’expérience vécue, celle d’une communauté symbolique de chercheuses et chercheurs, de rêveuses et rêveurs, d’analystes rassemblés par Le Soi autour d’un thème passionnant. Pour cette communauté, Le Soi est resté Le Centre.
Entre janvier 2024 et octobre 2025, nous avons reçu près de 60 rêves peuplés de figures animales . Tous n’ont pas été contemplés puisque à peu de chose près, nos rencontres ont été mensuelles.
Pour ce faire, Yaël a mis gracieusement à notre disposition une application en ligne. (A ce propos, ne pourrions-nous pas envisager une participation à ses frais, même symbolique… Ah Ah !). Au sein de cette communauté, des visages singuliers ont tour à tour éclairé et enrichi les partages : l’enthousiaste, le passionné, le taiseux, le sage, les longues phrases qui se cherchent et qui parfois trébuchent, celles concises et percutantes, l’assertivité douce et puissante… Au sein de cette communauté, j’ai goûté l’écoute attentive et l’accueil. Au sein de cette communauté, j’ai aussi rencontré mes limites… et le désir de les dépasser. Elles ont été conscientisées et ont permis une expérience intérieure et une imagination active que j’évoquerai plus avant. Grâce à la communauté, j’ai découvert ou redécouvert des pistes de réflexion et d’expérience. Elles demandent à être approfondies. L’animal dans le rêve ou la vision est-il une projection, un autre en moi que je ne connaissais pas, un autre autre mais jusqu’à quel point ? La participation mystique dont a parlé Lévy-Bruhl à propos des peuples racines et de leurs âmes alliées ou âmes doubles animales, ne rejoint-elle pas le point de vue holographique, intricatif, de la physique quantique qui nous apprend qu’à « l’instant T » tout est en tout ? (cf le supermonde synchrone de W. Pauli). Il est à noter que ce point de vue a d’ailleurs toujours été celui des Grandes Traditions notamment celles de l’Hermétisme et de la Kabbale (Pierre Trigano parle « de monde holochrone »). Le symbole a une dimension énergétique infiniment puissante et transformatrice dont le mot « image » ne saurait pas du tout rendre compte. C. G. Jung et M. L. Von Franz à sa suite, considéraient qu’énergie psychique et énergie physique n’étaient qu’une seule et même chose. J. Hillman (2), passionné par les animaux dans les rêves, assurait que tous sont simultanément psychiques et présences réelles. Cette posture me renvoie à une com-préhension venue des profondeurs il y a quelques années. Voici ce qui a émergé : « Si tu ne fais rien d’un symbole ou d’une vision, le symbole ou la vision (émanant du Soi) feront de toute façon quelque chose de toi ». Cela est vraiment très rassurant tant pour le rêveur que pour son accompagnant analyste. Le croisement entre psychanalyse symbolique, anthropologie et chamanisme (en tant que spiritualité universelle des origines) m’a ramenée vers la psychanalyse animiste que je compte bien explorer. (1) (1) Antoine Fratini, Jung animiste ? Psyché et nature, Éditions Entrelacs, 2016. (2) James Hillman, Dream animals et Animal presences Martine Augoyat 27 septembre 20252 Motivations : Autour de La Merveille des rêves reçus et contemplés, à l’intérieur, un chemin s’est cherché, un chemin s’est tracé. Malgré « le moi », Le Chemin a conjugué le « laisser advenir »(1) avec le « Avance et tu seras libre » (2). A la question, pourquoi les animaux ont-ils toujours été aussi présents, nombreux et précieux dans la « vraie vie » comme dans les rêves ou les expériences intérieures vécues, il me vient de partager un enseignement spirituel reçu il y a bien longtemps : « Si cela t’es donné comme une grâce, ce n’est pas parce que tu es meilleure qu’un autre mais parce que tu en as plus besoin ! ». Précieux pour décourager l’inflation du moi et peut-être une piste à envisager sérieusement au regard de l’histoire d’une petite fille appelée Martine… L’Encyclopédie Universalis donne la définition suivante du mot : « animal vient du latin animalis qui désigne un être vivant mobile, et qui dérive d’anima, souffle ou air, un mot souvent traduit par âme ». Elle ajoute : « à l’époque romaine, on inclut généralement l’homme parmi eux ». Tiens, tiens … Ce mot invite pour moi les ani-més mis ou remis en mouvement par l’Éros, La Vie elle-même (oui, elle m’aime). les ani-maux qui témoignent parfois de combien le rapport à l’Éros a été souffrant et pourrait encore l’être parfois ? les ani-mots qui expriment cela. Ce mot évoque : La Vie qui veille, éveille, réveille, informe, donne forme et transforme, La Vie qui guérit, Le Soi. Petite fille j’habitais avec mes parents deux immenses pièces dans un très ancien monastère. J’ai vécu alors des expériences de grande solitude mais j’avais pour compagnes des souris très vives, à la fourrure douce, aux yeux brillants et mobiles ». Plus tard, j’ai reçu un rêve dans lequel je me voyais petite, assise parterre, seule( ?), dans une pièce noire. Des souris étaient là. Grâce à elles, j’ai pu distinguer un rai de lumière au ras du sol, un passage qu’elles empruntaient sous une porte. Les souris ont été mes guides. Elles m’ont reconnectée au Vivant et permis de sortir de l’enfermement dans la dépression matricielle. Un travail de recherche sur le thème des animaux dans les rêves mené il y a quelques années m’avait laissé un goût d’inachevé, il attendait une suite… Pour tout cela, j’ai souhaité contempler et bénir ces visages singuliers du Vivant en intégrant la communauté cette communauté de recherche lorsque Rachel en a lancé l’idée lors d’une Rencontre d’automne de la Psychanalyse Symbolique à Lyon. Au moment de proposer une restitution , il m’est venu de partager les enseignements reçus de trois expériences successives : un premier rêve (février 2024), un second rêve (juillet 2025), et, entre les deux, une expérience intérieure centrale et signifiante pour le moi sur le chemin. Elle concernait le lieu de la relation qu’est Le Cœur et m’a permis de poursuivre la recherche en communauté. Les voici. (1) C.G. Jung Commentaire sur le mystère de la fleur d’or en référence au Wou Wei de Lao Tseu (2) Antar Bin Chaddad (poète arabe du Vème siècle). Martine Augoyat 27 septembre 2025Premier rêve « Je suis témoin : une quantité de porcs arrivent de partout et vomissent du lisier comme dans un parc à chevaux. De jeunes bovins blancs sont lâchés dans la nature et approvisionnés en eau jaillissante. Nous sommes deux (? ) à l’extérieur près de la porte d’une ancienne grange. Une sorte d’animal préhistorique surgit, mi tortue mi rhinocéros sans corne. Je me cache derrière la porte. Il entre et me saisit. » Je me réveille. Je suis témoin : Est témoin celui qui assiste à, qui peut attester que, qui est mémoire. A l’extérieur de l’ancienne grange (la matrice ancienne), la conscience du moi s’élargit. une quantité de porcs arrivent de partout Les porcs, si proches des êtres humains (greffes d’organes et traitements) abritent les démons dans les Écritures et la culture des Peuples du Livre. Saint Antoine le Grand qui a un porc pour compagnon a peut-être été inspiré pour maîtriser les passions que ces démons symbolisent ? Le moi constate risque de déferlement de l’ inflation de l’esprit du monde et vomissent du lisier c’est le retour du trop qui empeste. « Si vous faites sortir ce qui est en vous, ce qui est en vous vous sauvera ». Évangile de Thomas. Recyclé, le trop qui empeste fertilise. Il fait retour avant le retournement. comme dans un parc à chevaux il s’agit d’un cercle, un rond avec l’idée de contenir. Le cercle clos de l’esprit du monde. Les chevaux qui me parlent de force, de puissance, de douceur et d’empathie ne sont d’ailleurs pas là. Tout à coup, sans transition, c’est de toute autre chose dont il s’agit : De jeunes bovins blancs sont lâchés dans la nature Ils sont associés pour moi à l’idée de libération des promesses de vie, sacrées et m’évoquent Lord Krishna . et approvisionnés en eau jaillissante par un mystérieux processus. La Vie veille, elle est source d’abondance et cette eau si vivante, est celle de la Source. Ce dont le moi du rêve est témoin, ce n’est pas seulement de la dualité et de l’inflation. Il assiste au processus de transmutation, de retournement à l’œuvre dans l’inconscient individuel et collectif. Le trop si mortifère du monde profane se fait abondance dans le monde reconnecté à la source. J’entends cette Parole « Je me ferai bonheur… Nous sommes deux (? ) le moi du rêve est accompagné mais le mystère demeure quant à qui l’accompagne. Martine Augoyat 27 septembre 20254 près de la porte d’une ancienne grange. à l’extérieur, la porte est une limite, un lieu de passage d’un espace à un autre. La grange évoque le monde paysan ; ancienne, elle renvoie au monde d’avant, à l’espace matriciel familial et collectif encore tout proche. Une sorte d’animal préhistorique surgit, Il s’agit d’une manifestation totalement inattendue, d’un animal inconnu et « préhistorique ». Voilà qui fait résonner en moi un mot de Georges Didier : « pré-historique, d’avant l’histoire et son récit ». mi tortue mi rhinocéros sans corne. Cet animal inconnu est une conjonction ! La tortue me renvoie à l’univers de la Chine ancienne et au monde des Sioux où elle incarne sagesse, persévérance et longévité. Elle y a fondé le monde, elle le soutient et elle détient les secrets de la terre et du ciel. Le rhinocéros c’est une musculature impressionnante, un cuirassé qui en quelques foulées peut atteindre une vitesse impressionnante et même faire volte face. Il m’évoque la puissance, la solidité, la stabilité. Il utilise sa corne comme une arme mais le rêve dit : « sans corne » Il est le Un, La Conjonction de L’Origine, L’Éros, Le Soi qui nous fonde et nous soutient intervient. Je me cache derrière la porte. C’est la/les peurs qui saisissent alors le moi. Elles qui génèrent les résistances et les retours dans la matrices, elles qui nous empêchent de naître. Il entre et me saisit. » Être saisi c’est être frappé vivement, percuté, bouleversé. Les résistances du moi sont balayées par la puissante bienveillance de cet archétype qui œuvre à rétablir l’équilibre et l’harmonie dans l’inconscient individuel et collectif. Bonne nouvelle, le Soi vient nous chercher où que nous nous cachions. Il est La Vie au Service de La Vie. Il nous met au monde. Pour que les moi cessent d’être spectateurs observateurs du monde duel il vient les extraire malgré eux de la grange matricielle, du ventre de la mère. Je me réveille. Interpellation du moi : c’est de cela dont il convient d’être témoin, c’est cette Bonne nouvelle qu’il faut que les moi propagent ! Comme le dit Pierre Trigano « la naissance est complètement impossible et pourtant elle se fait ». Il en va de même de notre naissance psycho-spirituelle que C.G. Jung a nommé processus d’individuation accompagné par Le Soi médecin accoucheur. Martine Augoyat 27 septembre 2025Expérience intérieure Au sein de la communauté, Poussée par Le Désir de dépasser ce que je ressentais comme une fermeture du cœur, j’ai demandé l’aide du Soi. « S’il te plaît, aide moi à ouvrir mon cœur, adresse moi un rêve ou une image ». Sa réponse est arrivée en méditation, elle a été la source d’une imagination active. Une image d’abord, celle d’un humain debout, de dos. Sa tête et ses membres inférieurs apparaissent en pointillés. Son torse est un carré tracé en lignes courbes. Au centre du carré, Le Vide. Puis une parole illustre cette image : « Quatre êtres mystérieux soulèvent ta tunique de chair pour que le cœur reste ouvert » Trois animaux apparaissent ensuite dans l’ordre suivant : sur l’« épaule gauche un pélican », sur l’« épaule » droite un loup, en bas à droite une chauve-souris, en bas à gauche un lys. Cette image bouleverse le moi. Martine Augoyat 27 septembre 20256 Dans les jours qui ont suivis, un dialogue respectueux s’est progressivement établi entre le moi et chacune de ces figures animales, puis, entre le moi et la fleur. Voici les enseignements reçus de ces archétypes dépêchés par Le Soi : Le Pélican : « Je suis le mouvement incessant de la Vie qui est don. J’offre toutes les richesses intérieures qui me constituent à mes enfants pour qu’ils s’en nourrissent. Comme ton amie La Pieuvre, j’en meurs…avant de Renaître Vie Nouvelle. Je suis le chemin du renouvellement incessant. Suis ce chemin, je t’accompagne. » Le Loup : « Je suis Nature Sauvage et je conjugue liberté avec vie en communauté. La nuit est mon royaume. J’y vois clair comme en plein jour et j’avance les oreilles dressées. Viens avec moi, avec nous ». La chauve souris : « je suis la femme chauve-souris et je t’invite à voir le monde autrement car chaque point de vue est sacré. Toute la journée je dors la tête en bas et la nuit je vais au radar. Je suis celle qui t’invite à un renversement du coup d’œil appréciateur. Comme moi, abandonne toi avec confiance à La Boussole Intérieure ». Le lys blanc: « je suis verticalité apaisante et calice étoilé.La beauté du monde me traverse et j’en répands le parfum sacré. Laisse moi t’inspirer ». Cette vision continue de m’habiter avec la même force. Elle me forme, m’informe, me transforme constamment. Elle est un véritable programme de formation continue pour la personne et pour l’accompagnante que je suis. Martine Augoyat 27 septembre 2025Deuxième rêve J’arrive chez nos voisins d’en face (elle médecin et lui tailleur de pierre ; c’est vraiment leur maison). Dans la cour, je suis accueillie par un cocker tacheté noir et blanc (dans la vraie vie mes voisins ont un ami chien mais ce n’est pas un cocker et je n’ai jamais rencontré de cocker noir et blanc). Je me réveille amusée et étonnée, sans l’être vraiment. J’arrive Cela m’évoque l’idée de parvenir à destination. chez nos voisins Le « nos » est celui de la dialectique du je /nous dans la vie de couple. Le moi est en couple. C’est très positif. Le « chez » c’est la maison. Elle est riante, modeste, discrète. Elle parle d’accueil et d’intimité. Ces voisins sont tous deux d’origine roumaine. La bonne nouvelle c’est qu’« il y a de l’autre » dans proximité immédiate du moi. Elle, est médecin, ce qui me parle d’écoute, d’accompagnement, de prendre soin ( éventuellement de réparer, restaurer, guérir). Son époux est compagnon tailleur de pierre. Les compagnons bâtisseurs sont des initiés qui participent à la construction et la restauration d’édifices sacrés. Depuis toujours ils en taillent les pierres pour qu’elles s’ajustent, s’assemblent, parfaitement. Je précise que dans la vraie vie, si nous saluons nos voisins lorsque nous les croisons, nous ne sommes jamais allés chez eux. d’en face en vis à vis, de l’autre côté de la rue. Dans la cour, J’y suis, entrée après avoir ouvert le petit portillon . La cour est agréable, ombragée par un pied de vigne, tout un symbole. je suis accueillie par un cocker Si nos voisins ont bien un ami chien, ce n’est pas un cocker. Le chien incarne pour moi la fidélité, la spontanéité, l’affection sans condition, l’absence de jugement et d’arrière-pensées. Ce cocker me fait la fête alors que je ne le connais pas ! J’associe ses longues oreilles à une grande et fine capacité d’écoute et son pelage à la douceur de la soie. Il me parle de tendresse, de malice et surtout de joie. ! tacheté noir et blanc Ces deux couleurs, ensemble, m’évoquent la conjonction du Tao. Ce que vient dire le Rêve est écrit noir sur blanc. Ce dernier rêve travaillé au sein de la communauté vient signifier au moi sa destination. Pour l’éternité, le destin du moi est d’arriver chez ses voisins d’en face, au cœur de l’Être qui est relation. Il est ce Tout Autre en nous, Le Soi, un couple. Sa dimension féminine nous écoute, nous accompagne, nous répare (le médecin) et sa dimension masculine (l’Initié compagnon) nous taille pour que les pierres de notre être incarné s’assemblent en un tout et s’ajustent aux autres pierres de la communauté universelle. «Le Cocker je ne le connais pas », le moi ne peut pas connaître cette qualité d’amour, celle du père dans la Parabole du fils Prodigue. Le cocker est l’Amour du Père, Le cocker est l’Amour du Père qui s’est incarné. Il est Le Fils Yeshouah. Ce rêve m’invite à sans cesse rencontrer la dimension joyeuse du corps, de la relation incarnée. Un remerciement particulier à Rachel qui lors de la contemplation a beaucoup soutenu cela. Martine Augoyat 27 septembre 20258 Conclusion : Dès 1912, dans Métamorphose de l’âme et ses symboles, C.G. Jung souligne la présence constante et universelle des animaux dans l’univers psycho-spirituel des êtres humains. Dans le même ouvrage, il affirme que « la force divine, l’Éros, a un caractère animal ». Pour Barbara Hannah (Le Symbolisme des animaux), « ils représentent des formes de vie restées en contact avec une forme de savoir absolu. Les animaux sont ceux-là même qui peuvent nous conduire à cette source de vie naturelle ». Tout au long de ma vie et plus particulièrement pendant toute la durée de cette recherche en communauté, les visages animaux du Soi m’ont permis de vivre Sa puissance Agissante. Elle invite sans cesse et avec force le moi à aller vers dépasser ses peurs, couvrir sa colère, se mettre en mouvement pour retrouver le chemin de La Source. Que Le Un aux multiples visages en soit ici remercié.
Martine Augoyat 27 septembre 2025
